Que penser de l’exposition « InTERREdépendant » de Michel Gautier, qui s’est tenue au Centre d’exposition de Rouyn-Noranda du 31 janvier au 9 mars? Mon amie, dont la conscience écologique est finement aiguisée, m’a parlé d’urgence non sans une certaine modestie. Le mot « urgence » ne s’est pas incarné en moi, c’est-à-dire que je l’ai trouvé un brin outrancier, paroxyste ; bref, alarmiste. Par ailleurs, la parcimonie de son utilisatrice m’a fait penser que c’était peut-être quelque peu réducteur : une exposition, un mot. Mais le mot a été réitéré en réponse à ma question, et je me suis fait remonter les bretelles au passage de ne pas écouter quand une femme me parle, donc d’être un homme. Je me suis donc penché de plus près sur le langage et la démarche de l’artiste pour me confronter à cette proposition de lecture.

Inondée d’une lumière liquide, l’exposition consistait en l’installation d’une  vingtaine de pièces totémiques réalisées en papier recyclable et disposées sur une estrade en miroir qui les décuplait, donnant ainsi au visiteur l’impression de se promener dans une forêt. Elles étaient ornées de gravures effectuées à partir de photos prises par l’artiste et imprimées selon la technique de la lithographie. Cette représentation totémique met en lumière de manière incontestable les préoccupations écologiques de Michel Gautier. D’ailleurs, une estampe de l’artiste a été mise en vente aux enchères durant toute la durée de l’exposition, au profit de l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue. Elle nous ramène également au degré zéro de la civilisation (au sens que lui donne Condorcet), puisque le totem remplit une fonction symbolique dans les sociétés dites primitives, en ce sens qu’il a pour rôle essentiel d’assurer la transmission intergénérationnelle.

Aussi, plutôt que d’y lire une urgence d’agir, ai-je relevé dans le langage et la démarche de l’artiste la nostalgie d’un militant désabusé. Cette proposition se formule à partir de l’articulation du miroir comme élément symbolique avec la présence allégorique des totems. Dans cette perspective, le miroir révèle à l’homme sa prédation sur l’environnement d’une part et, par l’effet du reflet multiplicateur de celui-là, le consumérisme compulsif et obsessionnel de celui-ci d’autre part. À partir de cette double entrée, l’artiste en vient à s’interroger sur l’héritage que l’homme transmettra aux générations futures par l’intermédiaire de l’usage des totems.

Le travail de Michel Gautier invite l’homme à repenser son rapport à l’environnement, au territoire, à l’espace et, dans une dimension [auto]-réflexive, son rapport à lui-même. Cette invitation à une remise en question comportementale se veut une condition indispensable, du moins nécessaire, à la survie de l’homme en tant qu’individu et dans sa relation avec les autres espèces. C’est ce que suggère l’évocation de la forêt dont la présence me rappelle combien l’homme est lié à la terre et combien il en dépend. En cela, je partage les préoccupations de l’artiste en regrettant, comme lui, le temps où l’homme, au lieu de façonner l’environnement et de l’infléchir selon ses caprices et ses besoins triviaux, était à son écoute et faisait corps avec lui. L’époque où l’homme était poète. Car comme le poète, il savait que « c’est un grand arbre qui nous unit ».

Note de la rédaction : L’exposition InTERREdépendant de Michel Gauthier sera également présentée au Centre d’exposition d’Amos du 11 avril au 1er juin 2014.


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