Ce titre peut paraître quelque peu alarmiste, peut-être même pompeux, mais il décrit bien la réalité devant laquelle se trouve le GRAVE. Honnêtement, il aurait été plus approprié de titrer cet article « L’heure est au GRAVE! » Mais il n’en demeure pas moins que « l’heure est grave » et que cette expression populaire pour traduire un état d’esprit susceptible d’appeler à l’action aura quand même permis au GRAVE d’exister.

PLACE AU GRAVE

Cet enchaînement de lettres, nommé « GRAVE », renvoie au Groupe régional d’acteurs pour la valorisation des enseignants. Créé en février 2018, le GRAVE est une communauté stratégique regroupant 25 acteurs des commissions scolaires de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, du Syndicat de l’enseignement de l’Ungava et de l’Abitibi-Témiscamingue (SEUAT), de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue (CAT) et du Centre d’études collégiales à Chibougamau. Son mandat : trouver des solutions innovantes et durables à la problématique partagée de pénurie d’enseignants et de baisse d’effectifs étudiants dans les programmes de formation à l’enseignement, particulièrement ceux du secondaire.

L’HEURE EST-ELLE VRAIMENT GRAVE?

Devant les constats énumérés ci-dessous, point de doute. Selon l’ancienne présidente de la Table régionale des directions des ressources humaines de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, Isabelle Bergeron, près de 200 enseignants des 1800 actuellement en poste auront pris leur retraite d’ici les 4 prochaines années. Or, les données de septembre 2019 de la Direction de la recherche institutionnelle (DRI) de l’Université du Québec indiquent que le nombre d’inscriptions à temps plein en formation initiale à l’UQAT n’a cessé de diminuer depuis 2014. Le contexte de plein emploi dans la région et le marché du travail concurrentiel ne vont certes pas contribuer à redresser la situation. Par ailleurs, plusieurs autres variables tendent à montrer que les besoins d’enseignants vont sans cesse s’accentuer au fil des années. En effet, l’ouverture de plusieurs classes de maternelle quatre ans à temps plein dès l’automne prochain, l’augmentation du nombre de tolérances d’engagement délivrées par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) à nos commissions scolaires, le manque criant de suppléants à tous les ordres d’enseignement, la désertion, dans les cinq premières années d’exercice, d’enseignants en poste pour d’autres métiers – au Québec, le taux de décrochage, pour cette période, avoisine les 25 %, selon l’étude de Thierry Karsenti en 2015 – et la forte hausse anticipée du MEES des effectifs scolaires d’ici 2030 (environ 100 000 élèves rejoindront le secteur public) ne sont que quelques-unes des variables qui indiquent que la pénurie d’enseignants ne s’essoufflera pas à court et à moyen terme.

LA COMMUNAUTÉ STRATÉGIQUE A LA RESCOUSSE

Le GRAVE a alors tôt fait de s’inspirer des travaux de chercheurs de divers horizons pour créer une communauté stratégique afin de réfléchir à la situation préoccupante de la pénurie d’enseignants et de la relève enseignante. Cette communauté est dite « stratégique » au sens où elle réunit autour d’enjeux communs une diversité d’acteurs issus de différents milieux gravitant autour de l’école et de la formation auxquels on confie le mandat d’élaborer et de mettre en œuvre des solutions innovantes et durables. Les enjeux concernent la formation, l’attraction, la rétention et le recrutement des enseignants et des futurs enseignants, et concourent tous à valoriser la profession enseignante.

 

 

PAR OÙ COMMENCER?

Pour s’acquitter de son mandat, la communauté stratégique a choisi de s’inscrire dans une activité de recherche en confiant à des professeurs de l’UQAT, dont Geneviève Sirois qui est la chercheuse principale, le soin d’élaborer des outils de collecte et d’analyse de données visant à dresser un portrait diagnostique fiable et complet des problèmes réels vécus en lien avec les enjeux de valorisation. Ce portrait servira ensuite de levier à la rédaction d’un plan d’actions stratégiques et innovantes eu égard à la problématique partagée de pénurie d’enseignants et de baisse d’effectifs étudiants dans la formation initiale. Ce plan couvrira une période de trois à cinq ans. L’an dernier, 1 687 personnes ont répondu au questionnaire d’enquête du GRAVE et 70 entretiens semi-dirigés d’environ une heure chacun ont été réalisés auprès d’une diversité d’acteurs des différents milieux liés à l’école et à la formation. Les données sont en cours d’analyse et les résultats seront disponibles au début de 2020. La communauté stratégique devrait normalement terminer ses activités à la fin de la prochaine année avec un sentiment de fierté pour s’être mobilisée quand l’heure était grave.