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Articles // Littérature et conte

Prix littéraire des collégiens 2021 - Lauréat

SE SOUVENIR DES BLANCS DE MÉMOIRE

// Sarah-Maude Auger - 28 avril 2021

Numéro : Mai 2021

 

photo : La Peuplade

 

Le titre Ténèbre sans un « s » peut en surprendre certains. Dans le roman de Paul Kawczak (La Peuplade), il désigne un voyage au cœur de l’Afrique, mais aussi l’introspection de son héros : « Chaque nuit un peu plus, Claes prenait la mesure de progression de l’ombre en lui, de sa catabase africaine vers la Ténèbre intérieure. » Ce récit dénonce les actes cauchemardesques commis par l’homme européen et décrit les violences de la colonisation. En 1890, le roi Léopold II donne à un géomètre la mission de définir la frontière nord du Congo. Cet élu, d’origine belge, se nomme Pierre Claes. Pendant son aventure, ce jeune voyageur rencontre un compagnon de travail qui s’appelle Xi Xiao, un ancien bourreau chinois. Ensemble, ces deux spécialistes découvrent un continent terrorisé et horrifié par les pouvoirs occidentaux.

 

La mutilation physique et psychologique que l’Afrique a subie fait écho au lingchi, l’art de la découpe humaine, pratiqué par Xi Xiao. Cette forme de torture permet de créer un lien spirituel entre deux êtres. Malgré les sujets tabous et controversés qu’il aborde, Paul Kawcazk laisse place à l’érotisme et à la romance : « Tu me découpes et je t’ai toujours aimé », confie Claes à Xi Xiao, son tortionnaire qui éprouve une forme d’adoration pour lui.

 

Cette épopée se divise en deux expéditions qui visent à explorer le territoire ainsi que le destin exceptionnel de Pierre Claes. Il en résulte un livre vivant malgré le sujet douloureux de la colonisation qui peut ébranler ses lecteurs. Qui plus est, la lecture de ce roman se fait avec aisance à cause de son caractère poétique et très imagé. Le style d’écriture est unique grâce aux descriptions séduisantes des évènements et des personnages : « S’il avait fallu définir Xi Xiao par un seul mot, cela aurait été celui de “caresse”. »

 

Cependant, parmi les trop nombreux personnages, certains occupent très peu de place, ce qui peut nuire à la compréhension. Ceci donne l’impression que certains d’entre eux jouent un rôle superficiel, alors que les lecteurs désireraient les connaître davantage. Personnellement, en tant que lectrice, j’admire le courage de Paul Kawzcak. Ce romancier révèle la vérité sans la masquer : s’inspirant de plusieurs sujets délicats, il les dévoile sans embarras, même avec une touche de beauté. Pour conclure, Ténèbre est une œuvre littéraire contemporaine, mais qui réussit à nous faire voyager dans un passé obscur et intrigant. 

 

Lire les autres critiques sur les finalistes du Prix littéraire des collégiens :

 

« Chasser pour se trouver » - Chasse à l'homme de Sophie Létourneau

http://www.indicebohemien.org/articles/2021/04/chasser-pour-se-trouver#.YJr01mZKg1I  

« En mémoire des oubliés » - Le Mammouth de Pierre Samson

http://www.indicebohemien.org/articles/2021/04/en-memoire-des-oublies#.YJr042ZKg1I

« En quête de l'équilibre » - Tireur embusqué de Jean-Pierre Gorkynian

http://www.indicebohemien.org/articles/2021/04/en-quete-de-lequilibre#.YJr082ZKg1I 

« Pèlerinage de l'intime » - Une joie sans remède de Mélissa Grégoire

http://www.indicebohemien.org/articles/2021/04/pelerinage-de-lintime#.YJr1AmZKg1I 

 

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