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Chroniques // Éditorial

Éditorial

Notre printemps à nous?

// Winä Jacob - 1 avril 2012

Numéro : Avril 2012

 

Au printemps passé, au temps des soulè- vements populaires au Moyen-Orient, certains rêvaient déjà d’un printemps arabe à la sauce québécoise. À l’époque, le gouver- nement libéral refusait obstinément de mettre en place une commission d’enquête sur les liens entre corruption et construction malgré les demandes pressantes venant de toutes parts, et le gouvernement Harper prenait à lui seul les reines du Canada; mais ce soulèvement populaire n’a jamais eu lieu. Un an plus tard, la grogne bourgeonne et fait voir rouge à certains.

Mars 2012 aura été le mois des revendications étudiantes afin de contrer la hausse des frais de scolarité du dernier budget provincial. De part et d’autre, les étudiants se sont levés afin d’exprimer leur mécontentement. Et ils n’étaient pas seuls! De nombreux artistes, mouvements syndicaux, groupes d’enseignants, parents, familles et autres se sont aussi montré indignés par cette hausse.

Se résoudre ou s’indigner?

L’éducation, tout comme la santé, est une des pierres angulaires de la société québécoise (et/ou canadienne) et de ses valeurs. Les luttes sociales du passé ont donné de nombreux acquis aux Québécois, dont la gratuité des services de santé et d’éducation. Toucher à l’une de ces deux chasses gardées entraine automatiquement des salves populaires. À une époque où tout est monnayable, il était peut-être évident pour le gouvernement Charest qu’il en valait de même pour l’éducation. Le coût de la vie augmente, c’est vrai, mais qui doit en payer le prix? Est-ce vraiment aux étudiants à pallier le manque à gagner? Quand on connait l’état des finances publiques, quand on voit les campagnes de peur, les prévisions économiques, quand on entend parler du vieillissement de la population active et de la fonte des régimes de retraite, il est certain que cette jeune génération payera à un moment ou à un autre. À quoi bon chialer : aussi bien s’habituer tout de suite, non?

Nous avons fait le choix en tant que société de prioriser l’éducation, d’offrir des chances égales à tous en cette matière et d’en faire notre fierté. C’est peut-être ça le « Rêve québécois »! Il y a un proverbe marocain qui dit, grosso modo, qu’un homme sans éducation équivaut à un chien qui n’a pas été dressé. Et en ce moment, les chiens, ils sont enragés!

Cette mobilisation populaire est belle, effervescente et porteuse d’espoir. Espoir que les choses bougeront, mais surtout espoir d’un peuple qui se réveillera et en aura assez de se faire dicter ses façons de penser. Cette propension à envahir les rues, à prendre position, à manifester et revendiquer ne peut qu’être bénéfique pour la société de demain. Après tout, ne sont-ce pas des mouvements populaires qui ont changé la face de certains pays au printemps dernier?

Au-delà du 22 mars...

Maintenant que la roue est enclenchée, il faut la faire tourner. Il faut s’offusquer et réclamer des changements politiques plus larges, parce que l’éducation c’est important, mais ce n’est pas tout. Depuis plusieurs années, des petits groupes portent de nobles revendications. Certains se battent toujours, d’autres ont eu gain de cause, mais aucun n’avait mobilisé autant de gens que celle de la hausse des frais de scolarité.

Il reste à espérer que les 200 000 personnes qui ont marché le 22 mars dernier prendront goût à la mobilisation et seront de la partie pour faire avancer d’autres enjeux sociaux : les raisons pour prendre position sont nombreuses (Plan Nord, loi sur les Mines, appauvrissement de la population, détournements de fonds publics, recul du Canada en matière de développement international, abandon de Kyoto...). Un premier test viendra avec cette grande marche qui s’organise pour le 22 avril. Souhaitons que cette mobilisation collective aura fait des petits, aura semé quelques graines et surtout aura permis à ceux qui y ont participé – de part et d’autre du spectre des opinions – de se politiser, du moins assez pour comprendre que la démocratie c’est tous les jours qu’elle doit se vivre, et non pas une seule fois aux quatre ans. Et qu’un nombre grandissant de Québécois ait envie de revendiquer une société juste et à la hauteur de nos espérances.

Il est temps de nous lever et de réclamer aux politiciens d’être entendus et surtout écoutés. Et ça devrait commencer ici, avec un petit mais tout aussi efficace printemps abitibien et témiscamien.

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Sur cette note so-so-so-solidaire, je tire ma révérence! L’Indice bohémien aura été un projet de tous les instants pour moi au cours des huit dernières années, culminant avec la naissance d’un journal culturel à la hauteur de mes désirs et de l’ampleur du milieu culturel régional. J’y aurai découvert une vitalité excitante, un dynamisme aux limites de l’extraordinaire et surtout une fierté de dire qu’ici, il fait bon être qui nous sommes. Merci à tous ceux qui ont, à un moment ou un autre, mis leur grain de sel dans ce projet. Merci particulièrement à tous les bénévoles qui ont accepté d’écrire ou de corriger des textes : sans vous, la culture régionale n’aurait jamais eu autant de diffusion. Merci aussi aux « fous » qui au départ ont cru en ce projet impossible. Et merci à ceux qui le lisent ce journal, qui le commentent, qui en parlent et qui nous écrivent. Comme j’ai toujours accepté les retours et échanges sur les textes, il en va de même pour celui-ci : voilà pourquoi c’est mon adresse personnelle qui se trouve au haut du texte. \\

 

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