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Chroniques // Éditorial

Chronique « Éditorial »

Bâtir l’imaginaire

// Madeleine Perron - 1 mai 2012

Numéro : Mai 2012

 

Bâtir l’imaginaire. À coup de mots, de poésie, de pas de danse et de notes de musique, de coups de pinceau ou de coups d’archet.

 

Je ne suis pas poète, ni musicienne, ni danseuse, ni rien de tout cela, mais j’ai côtoyé des artistes toute ma vie professionnelle. Leurs mots, leur musique, leurs couleurs, leurs mouvements me font vibrer, rire, réfléchir. Parfois, même, ils me dérangent. Je me sens bien avec eux, ils m’inspirent et me donnent le goût de me dépasser. Ils me surprennent en jetant un nouvel éclairage sur ce que j’observe dans la vie de tous les jours. Ils me font voir plus loin en me propulsant dans le passé ou dans l’avenir.

 

Je travaille avec eux et pour eux, à tenter de leur faire obtenir de meilleures conditions de travail. Je les écoute et j’essaie de traduire leurs besoins auprès des gouvernements, des municipalités et des partenaires, qu’ils soient de l’éducation, de l’économie ou du tourisme. Mais il m’arrive de me demander à quoi peut bien servir tout cela. Je pense alors à ma sœur qui soigne des malades, à mon frère qui travaille sur les barrages pour qu’on ait de l’électricité, à mon père qui réparait des autos. Ça, c’est utile! 

 

Un matin, récemment, je suis allée à la conférence de presse du Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue, un peu blasée dans ma routine, un peu endormie dans ma quête de sens. Et là, c’est une Jocelyne Saucier tonifiante qui m’a réveillée. Celle qui sera la présidente d’honneur de cette 36e édition du Salon du livre faisait un saut chez elle entre les nombreux voyages que son roman Il pleuvait des oiseaux l’amène à faire au Québec, en Europe et en Afrique. Passionnée, elle nous disait que les artistes, à leur manière, sont aussi des bâtisseurs de pays. Des bâtisseurs qui ont tronqué les pelles et les bêches pour des mots et de la musique, des deux par quatre et des clous pour des images et des couleurs.

 

Quel beau déclic! Les propos de Jocelyne me faisaient constater à quel point les artistes, les écrivains, les danseurs, les cinéastes, les artisans, sont aussi les grands architectes de ce pays que l’on habite. Elle m’amenait à prendre conscience à quel point leur travail de création agit directement sur la représentation que l’on se fait de ce pays.  Et qu’on pouvait mieux le percevoir, mieux le connaître, à travers ce qu’ils nous soufflent à l’oreille et suggèrent à notre regard, à notre cœur, à notre âme. Par exemple, ce sont les mots et la musique de Samian qui me permettent d’être plus sensible à ce que vit la nation Anishnabe. C’est à travers les œuvres flamboyantes de Virginia Pésémapéo-Bordeleau que je vais à la rencontre de la nation Crie. Je sens et je vois mon territoire d’appartenance dans la Cantate nordique de Jacques Marchand, de la même manière que font écho chez moi les mots puissants de  Richard Desjardins ou ceux de Philippe B, quand j’entends Laurence d’Abitibi.

 

Notre région est de plus en plus reconnue pour sa vitalité culturelle et la force de son expression artistique y joue pour beaucoup. Le mois de mai, toujours très fertile en manifestations culturelles, nous propose plusieurs rendez-vous avec ces créateurs-faiseurs de pays : les écrivains au Salon du livre, les conteurs au Festival des contes et légendes, les musiciens au Festival des guitares du monde, sans compter les programmations offertes par les institutions muséales, salles de spectacle ou bibliothèques. Le 25e colloque Les Arts et la Ville, avec des intervenants venus de tout le Québec, nous donne aussi l’occasion de réfléchir au rayonnement auquel nous pouvons aspirer sur le terrain des arts et de la culture.

 

Comme le dit si bien Jocelyne Saucier : « On a commencé par construire des maisons, des ponts, des écoles. Et maintenant, nous nous donnons aussi une réalité identitaire, reconnaissable par les gens d’ici et d’ailleurs. Il faut d’abord s’installer et construire le pays concrètement et ensuite, il faut le reconstruire mentalement, c’est ainsi que nous l’habitons vraiment, par ses romans, par ses films, à travers les différentes disciplines artistiques. On commence à se rendre compte que c’est possible. Ça, c’est nouveau et c’est important! ».

 

Que ce mois de mai culturel soit, pour vous, des plus inspirants et constructifs!

 

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