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Chroniques // L'anachronique

Chronique

PROMENADE AUTOMNALE

// Philippe Marquis - 30 sept. 2018

Numéro : Octobre 2018

 

photo : Matt via unsplash

 

Quittons le quotidien. Marchons dans l’arrière-saison qui se déploie. Je t’y invite et t’appelle à parcourir cet espace avec moi, de ton côté du journal. 

 

Nous vagabondons dans ce temps incertain, inquiétant, anxiogène. Je préfère ne pas y être seul et je choisis ta compagnie pour rêver ce qu’il y a de meilleur en nous. Un humain n’est pas né pour être seul, aucun être vivant ne l’est. Tu viens?

 

Les grillons sonnent la venue de l’automne. Des pies piaillent en fonçant sur les fruits sauvages. Les volées d’outardes et de grues s’assemblent pour le départ en faisant tourner la tête des gens qui entendent le ciel. La lumière du jour faiblit doucement sans nous perdre de vue. L’horizon s’effeuille. La forêt s’écarlate. La pluie perle sur nos pas et un froid austère givre la nuit. Les rayons de soleil prennent du crédit... Nos souffles sèment notre présence dans l’air. Nos pas sont lents, tranquilles, nonchalants; tellement qu’ils éloignent les prédateurs. C’est à peine si nous détonnons du paysage dans lequel nous errons sans permis.

 

Si les mots ont un poids, ils allègent les fardeaux et permettent toutes les virées. Nous parcourons ainsi le temps et les distances sans perdre d’énergie. Notre voyage explore routes, rues et rangs. Il ouvre un chemin… Les linaires vulgaires apparaissent partout où c’est possible. Le bois sec est cordé sur le bord de certaines maisons. Les lueurs du matin rayonnent sur le frimas et perlent dans les toiles d’araignée. Elles soulèvent aussi la vapeur du bitume engourdi. 

 

Nous avançons ensemble, non pas contre, mais avec les éléments de l’hiver qui prend forme. Sera-t-il aussi sévère que le dernier? « Tu vas trop vite, me dis-tu, ralentis ton pas; l’hiver n’est pas là. Ne t’impose pas de questions. Sens ce que tes sens sentent tout de suite. Ne laisse pas la neige neiger sur ce présent alors qu’elle n’y est pas. » Et je te donne raison. L’air se cristallise, la nuit gèle, puis la forêt a un parfum de dimanche d’octobre dans un lit chaud comme un arôme d’échanges enfiévrés entre l’hivernage et l’été. Nous sommes juste ici. 

 

Le vent du nord souffle plus franchement. Une branche craque, une perdrix s’affole et se perche dans nos esprits. Un caribou forestier attire notre attention. Tu nous regardes et nous fais signe de nous taire pour ne pas l’apeurer, pour le laisser vivre. Son souffle est semblable au nôtre…

 

Je prends le temps que tu me proposes de prendre : notre temps. Tout à l’heure, pas tout de suite, mais tout à l’heure; un silence astral enveloppera nos nuits. Les oiseaux seront partis. L’hiver peut être long, nous l’attendrirons avec nos sourires et partagerons tout ce qu’il faut pour le traverser. Heureusement, la solidarité n’est pas une récolte que l’on engrange, elle est présente comme nos souffles.

 

Des frissons traversent le présent de plus en plus souvent. Je t’offre la main pour échauffer nos doigts afin qu’ils caressent les moments de paix… 

 

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