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Chroniques // Tête chercheuse

CHRONIQUE

Notre-Dame, et après?

// Dominic Ruel - 31 mai 2019

Numéro : Juin 2019

 

Auguste Herbin, Notre-Dame de Paris

 

J’ai eu la chance de visiter Notre-Dame. Celle de saint Louis qui y range la couronne d’épines, celle de la Reine Margot et du sacre de Napoléon, celle de Victor Hugo et des funérailles de Charles de Gaulle. Notre-Dame, le cœur battant de la France, cette Notre-Dame qui oblige à l’humilité, face à son histoire et la puissance de son architecture, face aux exploits humains et à la foi chrétienne qu’il a fallu pour l’ériger. Comme tant d’autres, j’ai été ému par ces images de la cathédrale en flammes, de cette flèche qui s’effondre, aux vagues impressions de 11 Septembre.

 

On a pu être surpris par l’émotion provoquée par l’incendie. Aurait-on réalisé que certaines choses, encore, pouvaient nous dépasser? Que de la pierre pouvait être plus que de la pierre! On a effleuré à nouveau l’absolu. La cathédrale était là depuis huit siècles, on s’imaginait mourir avant de la voir s’effondrer.

 

Macron a promis la reconstruction. Un chef d’État doit raviver les espérances. Tant mieux si Notre-Dame est refaite avec de nouveaux matériaux, plus solides. Mais le président a aussi désiré la reconstruire encore plus belle. Là, il faut déjà s’inquiéter… Les idées pleuvent : une flèche en verre stylisée, un toit vert, promenade pour les touristes, une piscine méditative (mais qu’est-ce?). Mon Dieu! Qu’on se garde des extravagances! Allez voir, toujours à Paris (ou sur Google), ce Centre Georges-Pompidou, bric-à-brac de tubes bleus et rouges et de poutres d’acier, en plein cœur du Marais. C’est troublant! Stéphane Bern, animateur et chargé d’une mission de conservation du patrimoine par Macron a lancé ce sage conseil : « Il faut se garder des “starchitectes” qui veulent laisser leur nom sur ce bâtiment. Un peu d’humilité est requise devant 850 ans d’histoire ». Moderniser et rendre au goût du jour une telle église comme un vulgaire centre commercial serait une un crime moral et historique! Maryvonne de St-Pulgent, ancienne directrice du patrimoine en France, le dénonce aussi : « Le patrimoine gêne, il est perçu comme contraire au progrès et à la modernité. » Pas surprenant que plus de 1000 experts de l’histoire et de l’architecture appellent Macron à éviter la précipitation. En gros, ce qu’ils disent : on se fout des Olympiques de 2024, les touristes auront bien d’autres choses à voir, mais surtout « ne pas effacer la complexité de la pensée et ne pas s’affranchir des règles de protection du patrimoine ».

 

C’est l’idée de patrimoine qu’il faut reconsidérer, peu importe sa valeur : historique, culturelle, artistique, émotionnelle. Le patrimoine joue le rôle de trait d’union, de passeur entre les générations, de relais. En cette époque d’instantanéité, où tout change trop rapidement, en ces temps de myopie et du tout-jetable, la vieille église, l’ancien couvent, les murs de pierre, la maison bicentenaire, la recette familiale ancestrale, l’air de violon, nous invitent à ralentir, à se poser, à réfléchir plus longtemps. Et on y revient encore : à rester humble.

 

 

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