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Chroniques // L'anachronique

L'anachronique

LE PRIX DE L’OR

// Philippe Marquis - 25 août 2020

Numéro : Septembre 2020

 

 

« Je vais lâcher l’école, suivre un cours de mines. Après ça, je serai riche! » Lorsque le fils fait cette annonce, son père lui propose d’essayer le cégep pour explorer d’autres possibles; « La route est longue et les chemins nombreux », résume-t-il.

 

Ça se passait en 2012, l’or valait 1 700 $ US l’once. Depuis le début des années 2000, des mines de la faille de Cadillac sont relancées et l’exploration de nouveaux gisements fait poindre un futur doré. Sa valeur et les avancées techniques permettent désormais d’exploiter à profit des gisements où l’or n’est présent qu’en très faible quantité. Cela engendre des projets aussi pharaoniques, dans tous les sens du terme, qu’Osisko.

 

En difficulté à la fin des années 1990, l’économie de notre région profite d’une remontée du prix du métal précieux, puis de l’insécurité financière à la suite du krach de 2008 pour bondir. Cette industrie représente maintenant près de 10 000 emplois directs et indirects en Abitibi-Témiscamingue.

 

La montée se calme avec la reprise qui suit la crise boursière, l’once tombe à 1 050 $ US. Au même moment, en 2015, le fils de mon ami, après une année de cégep, passe un diplôme d’études professionnelles (DEP) en mécanique. Avec ce papier, il ne manquera jamais d’ouvrage et pourrait même devenir mécanicien pour une minière.

 

Depuis vingt ans, tout le long de la faille, la valeur des maisons augmente sans arrêt, de nouvelles entreprises ouvrent et les stationnements des commerces débordent de camions flambants neufs. Évidemment, tout le monde ne profite pas de cette manne, mais les pauvres ne sont pas des sujets de chroniques économiques…

 

Aujourd’hui, les bas taux d’intérêt, la pandémie et la menace d’une récession insécurisent les marchés. Des fortunes craignent de fondre comme plateau de glace dans l’Arctique. C’est désormais notre particularité, outre nos parcs à résidus miniers : quand l’économie mondiale va mal, des investisseurs se tournent vers l’or, la demande fait monter les prix et notre région, enfin une partie de sa population, en profite.

 

Il ne se mange pas, n’apaise pas la soif, sert un peu en électronique et dans la joaillerie. Ce métal, adoré des Égyptiens, des Incas et des Romains (des civilisations disparues) représente l’assurance de ne pas perdre toutes ses billes dans une économie irrationnelle. Quand ça chambranle, l’or revient en force comme ces derniers temps. La majorité de la production de lingots est stockée et ne sert qu’à la spéculation…

 

Pourtant, le génie, les énergies et tout ce qui est nécessaire à sa production, serviraient mieux s’ils étaient utilisés à combattre le réchauffement de la planète, la faim et tous les autres défis qui sont nôtres présentement. C’est aussi cela le prix à payer pour l’or.

Ah oui, pour conclure, le jeune homme, dont je parlais plus haut, a 23 ans et étudie maintenant en agriculture. Il ne veut pas de patron et croit qu’on peut se nourrir nous-mêmes dans la région…

 

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