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Chroniques // L'anachronique

L'Anachronique

BIENVENUE

// Philippe Marquis - 28 sept. 2021

Numéro : Octobre 2021

 

photo : Tina Floersch sur Unsplash

 

Ce souvenir me revient alors que je songe à tous ces gens que nous accueillerons dans les prochaines années. Toutes ces personnes, débarquées après un parcours parsemé d’innombrables difficultés. Elles qui ont quitté leur pays et parfois la pauvreté, la guerre, la dictature ou l’insécurité. Elles nous arrivent pleines d’espoir. Ces gens qui, avant de simplement toucher à l’immensité de notre territoire, voudront pouvoir travailler dignement. Vivre en paix, avec leur famille et nous.

 

J’avais alors sept ans. Nous venions d’arriver à Rouyn, car c’était Rouyn à l’époque. Mon père avait un nouvel emploi et nous avions quitté Amos au mois d’août. J’arrivais devant l’école Mère-Bruyère en ne sachant pas du tout que faire. Aucun des enfants présents ne m’était connu. Le souvenir que j’en ai maintenant est celui d’un petit garçon gêné, immobile et inquiet.

 

Puis Serge Perron, qui avait le même âge que moi, vient me voir. Il me demande si j’avais été à Mazenod, une école primaire que je ne connaissais pas. Je réponds que non, j’étais à Amos, à l’école Christ-Roi. Je me rappelle ses grands yeux bleus qui m’invitent à le suivre. Lui aussi en était à sa première année à cette nouvelle école, mais il venait de la place. Je l’ai suivi, nous sommes entrés et nous allions être, par chance pour moi, dans la même classe, celle de Mme Vézina.

 

Cela s’est passé il y a longtemps, mais je suis demeuré à Rouyn-Noranda et m’y suis toujours senti chez moi. Évidemment, ce n’est pas uniquement grâce à Serge, car l’accueil vient de toute une communauté, mais il a été le premier à me tendre la main.

 

La population régionale vieillit et des milliers des nôtres partent à la retraite. Il manque de gens pour prendre la relève. La pénurie de personnel frappe les hôpitaux, les cuisines, les chantiers, les écoles, les bureaux, etc. Nous avons besoin aussi, à mon avis, de regards neufs pour rêver notre avenir collectif.

 

On te réclame à grands cris, toi qui immigrerais ici. Beaucoup t’espèrent alors que notre gouvernement restreint ta possibilité de venir vivre avec nous. Vous n’êtes, présentement, qu’un peu plus de 40 000 par an. C’est trop peu. Il vous faudrait être au moins deux fois plus nombreux. Au moins…

 

Pour t’accueillir convenablement, il nous faut accepter plus facilement tes diplômes, t’offrir des cours pour que tu apprennes notre langue si nécessaire, il ne faut pas te faire attendre sur des listes éternellement avant de t’accorder ta résidence permanente. Puis, il te faudra un bon logement à prix raisonnable. Tout cela, bien avant la première main tendue.

 

Par la suite, tes enfants pourront croiser d’autres Serge dans la cour d’école…

 

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