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Chroniques // Éditorial

Éditorial

PIMENTER SON OISIVETÉ D’UN PROJET DE SOCIÉTÉ

// Jenny Corriveau - 27 oct. 2021

Numéro : Novembre 2021

 

photo : Tim Marshall sur Unsplash

 

Ces mots n’en seraient pas sans eux. Ces lignes seraient vides, inexistantes, puisqu’aucun papier ni aucun écran ne pourrait les transmettre. Ce journal culturel, comme bien des événements d’ici et d’ailleurs, existe, subsiste, et perdure, grâce à celles et ceux qui y mettent gracieusement de l’énergie. Ce média alternatif existe grâce au jus d’bras et d’cerveau qui y est consacré chaque mois, non pas pour un salaire, un cadeau ou un troc, mais juste pour un merci, et pour la fierté d’avoir participé à ce beau projet collectif qu’est L’Indice bohémien.

 

L’action communautaire, dans une région comme la nôtre, est bien loin du passe-temps oisif : c’est participer activement et collectivement au bouillonnement des diverses sphères de notre belle contrée nordique.

 

L’action communautaire émane de la volonté des collectivités de se doter de moyens pour agir sur leurs réalités. Ce mouvement a pris de l’ampleur à la suite de la Révolution tranquille et est devenu une composante significative de notre structure sociale. En outre, sa présence sur la scène publique et au quotidien de la vie de plusieurs Québécois s’est depuis accentuée. L’action communautaire innove et a préparé l’avènement de nouvelles institutions, par exemple les centres locaux de services communautaires (CLSC), ou encore de nouvelles lois, telles que la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. De nombreuses instances de décision bénéficient aujourd’hui de l’expertise et de la vision du milieu communautaire en matière de justice sociale, de solidarité, de participation citoyenne, de qualité de vie et de bien-être collectif. En effet, près de 5 000 organismes communautaires sont soutenus par le gouvernement du Québec.  – Entreprises Québec

 

C’est une décision, d’abord, de s’impliquer et de donner du temps à la société via nos intérêts, mais c’en est toute une de décider, lors de la mise sur pied d’une entreprise, de la fonder sous le principe de l’entrepreneuriat collectif. Sur notre territoire témiscabitibien, 255 entreprises d’économie sociale sont répertoriées via le site Web d’Espace entrepreneuriat collectif. Ainsi, 255 entrepreneurs ou groupe de gens ont décidé que les profits et bénéfices de leurs passions n’iraient pas dans leurs poches, mais qu’ils seraient réinvestis dans la société à divers niveaux.

 

Non, mais il serait-tu beau notre monde si toutes les entreprises vivaient sous cette gouverne? Il faut dire que j’aimerais aussi un monde sans guerre, sans chicane, avec des licornes pis des arcs-en-ciel, mais ça, c’est un autre sujet.

 

Dans un monde où les grands mènent, où la pauvreté s’accentue et où la division règne, imaginer un Québec engagé, interdépendant, lié, soudé et empreint de solidarité, ça apporte un baume à mon utopiste cœur d’enfant. OK, OK, je vous vois venir. Descendez de vos grands chevaux messieurs-dames, je ne parle pas d’un régime communiste où on vous sert votre patate quotidienne en liquidant les koulaks! Aucune grande purge au menu, mon nom n’est pas Staline, mais bien Corriveau. Je parle d’un monde juste un peu (ou pas mal) plus juste. Un monde où femmes et hommes travaillent ensemble, à construire dans la même direction, sans appât du gain, ou du moins, où les humains, au même titre que les entreprises et organismes, sont rétribués avec plus de parcimonie.

 

En Abitibi-Témiscamingue, 50 entreprises culturelles sont répertoriées sur le site web d’Espace entrepreneuriat collectif. Notre culture, les arts qui brodent notre vie d’humains stimulés par la beauté créative qui nous entoure, est principalement gouvernée par des passionnés qui choisissent, aux dépens de leur horaire chargé, de s’impliquer et de faire avancer des projets, de petite et de grande envergure, encore une fois juste parce que.

 

Pour avoir longtemps fait partie de ces, disons-le, crinqués, de la passion, ça en prend tout un tas, et des gens, tout autant! Ces innombrables heures passées à créer, imaginer, calculer, transporter, écrire, coordonner, rire, essayer, me tromper, apprendre, échouer, pleurer, retrousser mes manches, recommencer… ces jours et ces nuits, parfois blanches, à évoluer avec mes projets, et finalement réussir, ne m’ont apporté aucun revenu, MAIS. Parce que oui, il y a un mais, et en majuscules à part ça. Tous ces efforts n’ont pas payé ma maison, mais ils m’ont apporté tellement plus.

 

À tous ceux qui craignent de donner sans recevoir, je vous en conjure, essayez. Durant toutes ces années de dévouement, j’ai, pour finir, reçu bien plus que je n’ai pu donner. J’ai rencontré des gens incroyables, j’ai appris sur un tas de choses que je n’aurais jamais cru apprendre, j’ai aussi beaucoup appris sur moi-même, j’ai grandi d’au moins six pieds même si mon corps de trois pommes ne frôle la barre des cinq que par la peur, je me suis fait des ami(e)s, un réseau de contacts solide, et ultimement, toutes ces implications ont fait de moi l’humaine, la professionnelle, la femme, la conjointe et la mère que je suis aujourd’hui.

 

Donc à tous ceux qui doutent je ne dirai qu’une chose : donnez. Donnez une heure, une soirée, un weekend, une semaine, une année, ou dix même! Mais de grâce, essayez. C’est notre société, mais surtout vous qui y gagnerez.

 

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